Les liens entre Chef et Soundpainter

Etienne Rolin  compositeur Soundpainter improvisateur

Les directions croisées du  Chef d’orchestre et du Soundpainter

De plus en plus de prestations et des discussions autour du phénomène Soundpainting

font émerger la nécessité d’une réflexion sur les similitudes et les  distinctions.

D’un côté il y a maintes personnes qui me demande comment est-ce possible de diriger un groupe d’improvisateurs ou un ensemble dépourvu de partition. Certaines musiciens  réclament de plus de liberté d’expression en sortant d’un concert classique. Enfin le débat pourrait se résumer dans la question, comment l’individu trouve t’il un espace de créativité au sein d’un collectif. Question subsidiaire, a partir de quel nombre a-t-on besoin d’un chef oreille extérieure ?

 

En préambule à cet exposé parlons des rôles et pour le chef d’orchestre et pour le soundpainter.

Pour le chef d’orchestre et pour le chef de chœur son rôle c’est d’assurer et de réaliser en appuyant sur l’analyse et des  répétitions un fidèle exécution de la partition en question. Quant au Soundpainter  ces répétitions concerneront les possibilités de jeu à partir d’un grammaire des langage des signes pour arts de la scène tout en se réservant un espace de libre arbitre au moment de la performance.

Dans un cas la précision et la reproduction aussi fidèle que possible des intentions exprimées en étroite concertation avec l’ensemble et dans l’autre cas une cérémonie auditive faite de surprises et de prises de risques donner toute la chance au hasard.

Néanmoins il y aurait grâce à la musique contemporaine au milieu du XXè siècle des cas de convergence entre direction choisie et résultats imprévisible. Je pense à la partition de Boulez Eclats ou le chef indique une séquence d’entrées pour un petit effectif mais dans un ordre non établi les partitions d’Earle Brown telles les Available Forms offrent

Au chef un jeu de combinatoire entre séquences numérotées que les musiciens joueront

découvrant l’ordre  définit en concert. Il s’agirait des formes  ouvertes donnant naissance à une direction d’orchestre ouverte. Le corps est naturellement expressif mais dans le soundpainting il devient une partition virtuelle dessiner devant l’ensemble. Grâce à un geste nommé « Shapeline », le soundpainter s’offre momentanément en spectacle, les commentaires des interprètes ressemblant à la réalisation d’une bande originale pour un film. Dans d’autres circonstances virtuoses où le soundpainter s’occupera de deux ensembles il fait appel au « Split Body » où ce corps « coupé en deux » exécute un jeu d’indépendance  crescendo à gauche décrescendo à droite,  Tempo ralentissent à gauche,  attaques sèches à droite, glissandi en mouvement contraire etc…

Il arrive souvent que les Soundpainters avancés font appel à une partition avec des courtes séquences pré-établies nommées palettes. Le cas rare mais évocateur d’est le projet de Walter Thompson Soundpainting Haydn en prenant des extraits du concerto pour Violoncelle en UT de Joseph Haydn. Il ya là une rencontre entre deux pensées musicales. Tel un enfant devant un joué cassé fait qui permet au jeune d’explorer les éléments de constructions. Composition et décomposition devient l’enjeu du pile et face des musiciens créatifs actuels

Quant à la question de son il importe  au deux directeurs d’ensemble de façonner le son du groupe d’équilibrer le sonorités en favorisant l’écoute des parties individuelles en mettant en valeur la forme de la partition.

Philosophiquement le but du jeu doit être aussi évoqué :

LA direction de la partition écrite et un espace déterminé un jeu avec une fin très visible.

Le Soundpainting dans l’esprit d’ouverture  invite à une démarche de la découverte, le soundpainter cherchant à extraire de l’ensemble la richesse d’invention de l’ensemble.

Dans un cas novateur la question de comment finir le jeu (chez les classiques) est remplacé par comment prolonger le jeu (chez les aventuriers).

Plastiquement parlant, le Soundpainter travail « al fresco » modelant continuellement sa matière sonore qui vient d’être présenté dans le moment.

Le temps d’analyse pour le Soundpainter est dans l’instant présent tout comme le réalisateur télévisuel ayant le choix entre trois caméras pour la retransmission en direct d’un match sportif.

Le temps d’analyse pour un chef d’orchestre est par contre infini, son interprétation d’une œuvre subissant plusieurs modifications.

Cognitivement parlant, le chef et le Soundpainter sont très sollicités ; ajoutons que  soundpainter il est sensé faire émerger une forme des potentialités de son ensemble. Il est à la fois chef et compositeur quelqu’un qui doit garder une attention éveillée sur  l’équilibre structurel des matières ainsi qu’un bonne jugement quant aux proportions entre les différentes sections de l’œuvre.

Mes rencontres avec Walter Thompson entre 2007 et 2016 me démontrent cette complexité de contrôle cognitif de la part du Soundpainter. Malgré les apparences de grande liberté dans le Soundpainting la notion d’improvisation, qui est un signe parmi mille, devrait céder le pas au concept de composition en temps-réel.

Tel un phénoménologue le soundpainter va interroger  son expérience avec une conscience critique ajustant en temps –réel les objets de sa perception auditive.

La syntaxe du  langage invite l’expression spontanée de l’imaginaire des interprètes mais il s’agit des déclencheurs d’actions qui demandent par la suite une modélisation compositionnelle en direct.

Création recréation inventivité pour donner de la forme donc de la vie à une partition graphique ou bien gestuelle sont les grands buts communs entre chef d’orchestre et le Soundpainter.